Des statistiques inquiétantes
Selon les statistiques du ministère de l’intérieur pour 2022, on a recensé à Tournefeuille plus de 105 cambriolages pour 10 000 habitants, ce qui en a fait cette année-là la ville la plus cambriolée de France. Certains pensent que cela est la conséquence du caractère plutôt aisé de la population, ce qui reste à prouver. Mais Tournefeuille est loin d’être la seule dans ce cas et même les quartiers les plus riches de Toulouse sont moins cambriolés. Alors pourquoi ?
En cherchant un peu, il y a pas mal de réponses à cette question.
Des effectifs policiers insuffisants
La police nationale est bien présente à Tournefeuille (au 15 boulevard Vincent Auriol) mais il s’agit juste d’une « unité de sûreté urbaine » et non d’un commissariat. Les effectifs réels sont inconnus car secrets. Cette structure est constamment surchargée par les dépôts de plainte. La présence sur le terrain de la police nationale est épisodique, essentiellement à l’occasion de crimes, délits ou accidents graves. Au fil des années, à Tournefeuille comme partout en France, la police nationale s’est révélée incapable de protéger les citoyens face à la montée de l’insécurité quotidienne et notamment des cambriolages.
Ce constat, la plupart des municipalités l’ont fait. Pour cela, elles ont commencé à recruter des policiers municipaux au début des années 2000, et plus précisément à la suite de la loi du relative aux polices municipales. A Tournefeuille, la mairie a toujours été assez discrète sur les effectifs. Elle a annoncé 8 policiers « armés » en 2023. Ce qui faisait un policier pour 3700 habitants, très en dessous de la moyenne nationale. Bien sûr le Maire a compris qu’il risquait son poste sur ce sujet. Les effectifs ont donc été rapidement renforcés mais ne sont que de 14 agents à la date de révision de cet article. Un bilan de situation est consultable ici. On y parle d’un effectif théorique de 27 agents, mais avec 12 postes à pourvoir… Dans le même temps il y a par exemple 47 agents à Blagnac pour une population moindre.
Une présence sur le terrain en pointillés
A Tournefeuille, on peut parler d’une police municipale intermittente. Située 8 boulevard Eugène Montel, elle est seulement ouverte du lundi au vendredi de 08h00 à 18h00. Soit environ 50 heures sur les 168 heures que compte une semaine. C’est fermé la nuit, les samedi, les dimanche et les jours fériés. Elle dispose de 3 véhicules. D’après la mairie, des patrouilles seraient organisées de 07h00 à 21h00 (?). Donc aucune ronde nocturne.
l’extinction nocturne de l’éclairage public
L’extinction de l’éclairage public avait déjà été testée à Tournefeuille sur la plage horaire de 01h00 à 05h30. On ignore les conclusions qui ont pu être portées de cette expérimentation qui était censée répondre à un impératif écologique mais était surtout un moyen de limiter les dépenses. Quoi qu’il en soit, la mairie a décidé en 2022 d’élargir les plages horaires d’extinction de 00h00 à 06h00, puis de 23h00 à 06h00 un an plus tard. Ce sujet fait l’objet d’un article spécifique ici.
Le mirage de la vidéosurveillance
Il y aurait actuellement 85 caméras de « video-protection ». Elles surveillent surtout les établissements et places publiques. Elles sont censées contribuer à la sécurité mais leur impact réel est toujours inconnu. Mais le problème est surtout de savoir comment et par qui elles sont utilisées. A Toulouse par exemple, il y a une cellule de surveillance fonctionnant sur de larges plages horaires, permettant une réaction immédiate en cas de délit visualisé. Ce n’est évidemment pas le cas à Tournefeuille. Visualiser en temps différé un individu masqué et cagoulé impossible à identifier n’a aucun intérêt. Et quand bien même il serait appréhendé, que va en faire la justice ? Sans compter que dans la nuit noire, la video ne sert à rien.
La faillite du service public
Bien sûr il y a une commission municipale dédiée au problème : le CLSPD (Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) créé en 2010. Avec une « cellule de veille » et des sous-commissions, bref le machin administratif classique dans une municipalité de gauche. Pas très efficace au vue des résultats. Face à cette pandémie de cambriolages, le maire a fait rédiger dans l’urgence un « guide de la tranquillité publique » consultable sur internet et distribué dans les boîtes à lettres. On y trouve un grand nombre de lieux communs, du style « utilisez des alarmes » , fermez bien vos fenêtres » ou « vérifier vos serrures ». On y fait surtout appel à la mobilisation de la population censée s’autoprotéger par la création d’un corps de « citoyens référents ». Tout un programme, basé évidemment sur le bénévolat.
Conclusion
La vérité, c’est que les habitants de Tournefeuille s’équipent de plus en plus en dispositifs d’alarme privés particulièrement coûteux. Et que c’est évidemment la principale raison de la diminution relative des cambriolages. Les sociétés privées de télésurveillance dont on subit le matraquage publicitaire permanent sont finalement les grands gagnants de la faillite des services publics.
Mais il faudrait aussi s’interroger sur les raisons de l’augmentation de la délinquance. S’attaquer aux conséquences d’un phénomène en occultant ses causes conduit forcément à l’échec


Je me suis fait voler le silencieux de ma moto. Dans le garage sous terrain de l’immeuble.